La crise économique, née du mariage entre consommation effrénée et crédit débridé
Comment éviter que ne se reproduise la crise économique actuelle? Répondre à cette interrogation nécessite d'en rechercher les causes malgré la complexité des outils et circuits financiers impliqués. Pourtant, l'analyse économique esquisse un cadre étonnamment simple qui met en lumière les principaux ressorts.
Sous un éclairage macro-économique, la crise actuelle n'est que la conséquence inévitable de l'interaction explosive entre consommation effrénée et crédit débridé. En effet, dans une société où la course à la consommation est entretenue par une expansion du crédit, un dangereux mécanisme cumulatif se met en place. Au travers de ce processus, consommation et crédit évoluent ensemble et se renforcent mutuellement. Ce mécanisme cumulatif peut certes accentuer et prolonger la phase de prospérité. Mais plus dure sera la chute, nous prévient l'analyse. Car chute il y aura, à l'occasion par exemple de la remontée inattendue des taux d'intérêt.
Soulignons qu'aucun de ces deux éléments, isolé, n'épuise l'explication. Ainsi, l'analyse économique nous enseigne que la course à la consommation n'est pas, à elle seule, suffisante. Elle n'est d'ailleurs pas un phénomène nouveau dans les sociétés riches d'après-guerre. Ce qui est aujourd'hui totalement nouveau, ce sont les niveaux de crédit sans précédent qui l'ont entretenue aux Etats-Unis. C'est aussi ce que nous indique l'analyse : une forte réaction du crédit aux conditions économiques est un second ingrédient clé. Sans lui, on ne peut expliquer une telle alternance marquée entre expansion soutenue et crise grave.
Pour éclairer notre lanterne, il faut donc nous placer dans le contexte de la société américaine. Pendant le dernier quart de siècle, les ménages américains ont bénéficié d'une forte croissance de la consommation, à peine perturbée par quelques récessions modérées. C'est ici qu'apparaît le fil rouge : une telle augmentation soutenue de la consommation n'aurait pas été possible (et de fait ne s'est pas matérialisée ailleurs dans le monde) sans le recours croissant au crédit (emprunt immobilier, cartes de crédit, etc.). De nombreux indicateurs le suggèrent: alors que les dépenses des ménages américains sont passées de 90% à près de 100% de leur revenu disponible entre 1980 et 2006, dans le même temps le taux d'endettement de ces mêmes ménages, en proportion du PIB, a crû de 50% à près de 100% ! L'accélération des crédits consentis aux ménages est particulièrement nette depuis 2000.
Les causes de ces deux phénomènes sont bien connues. Economistes et psychologues ont depuis longtemps mis en évidence les tenants de la course à la consommation. Les effets de "statut social" y tiennent un rôle important. Du côté du crédit, les prêteurs se doivent de fixer des limites à l'emprunt dans un monde inévitablement soumis au risque de défaut de paiement du débiteur. Le problème est que ces limites de crédit ont tendance, comme les girouettes, à tourner dans le sens du vent. Prenons l'exemple de l'emprunt immobilier, qui est en général assorti d'une hypothèque sur le bien acheté. En période d'expansion, les prix immobiliers sont plus élevés que la tendance. Il est alors aisé d'emprunter davantage puisque la garantie financière procurée par l'hypothèque le permet. On s'imagine mal, de ce côté-ci de l'Atlantique, à quel point le développement de contrats sophistiqués de crédit a tiré sur cette corde aux Etats-Unis. Le résultat en est cependant simple: en période de forte croissance stimulée par la consommation, il est encore plus facile d'emprunter pour consommer. Ce mécanisme cumulatif crée un cercle vertueux, qui plante cependant les graines de sa propre destruction. La moindre perturbation peut renverser la vapeur. De fait, la remontée, en 2004-2005, des taux d'intérêt aux Etats-Unis a certainement contribué à augmenter la proportion des ménages ne pouvant plus faire face aux échéances de crédit. Le retournement et la récession étaient donc inéluctables. Ces événements récents font écho à l'analyse économique. Cette dernière nous prédit que les effets d'un choc peuvent être amplifiés par une offre réactive de crédit et persister durablement du fait de la course sociale à la consommation.
La leçon semble donc tristement claire. L'interaction entre consommation effrénée et crédit débridé explique la période récente de forte croissance de la consommation aux Etats-Unis. Mais elle est aussi à l'origine de la récession mondiale qui s'amorce et dont le G20 devrait chercher à atténuer les conséquences. Bien évidemment, les détails comptent et les produits financiers dérivés du crédit immobilier (CDO, CDS, etc.) expliquent en particulier la contagion aux marchés financiers mondiaux. Mais osons signaler ici que l'analyse économique n'est pas en désaccord avec le bon sens : l'interaction entre consommation et crédit peut être source de volatilité économique.
Que peuvent faire les pouvoirs publics afin d'empêcher que l'Histoire ne se répète ? Il paraît difficilement envisageable d'altérer les normes de consommation. En revanche, la régulation prudentielle des institutions financières devrait permettre d'éviter une réaction excessive de l'offre de crédit, en particulier en période de "boom" immobilier ou boursier.
Source: http://www.nouvelobs.com
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire